Le vignoble gallo-romain de Gevrey-Chambertin

Jean-Pierre Garcia UMR-uB-CNRS-Culture 5594 ARTeHS

Un chantier de recherches archéologiques préventives au lieu dit « Au-dessus de Bergis » a offert l’opportunité de relever et de fouiller une ancienne plantation de vigne au pied des coteaux de Gevrey-Chambertin en Côte de Nuits.

Fouilles 2008 INRAP, resp. d’opération : Sébastien Chevrier ; prescription : SRA Bourgogne ; Aménageur : ville de Gevrey-Chambertin)
Participants uB (étudiants Master AGE) et UMR ARTeHIS : Fanny Arnaud, Sophie Desbois-Garcia, Marion Foucher, J.-P. Garcia, Xavier Kupkowski, Ronan Steinmann

Sondages 2009 resp. : J.-P., Garcia ; Autorisation : SRA Bourgogne ; 
participants uB (étudiants Master AGE) et UMR ARTeHIS : Juliette Beaupoil, Florent Delencre, Sophie Desbois-Garcia, Marion Foucher, Chloé Goudey, Julie Le Fur, Thomas Müller, Morgan Poggioli, Marine Roche, Ronan Steinmann. Avec l’aide de Eurovia.

Soutiens : projet « ancienneté des terroirs viticoles de Bourgogne » 2008-2009, Région Bourgogne-Domaine de la Romanée-Conti-Domaine Latour ;
Chaire Unesco « Cultures et traditions du vin » 

Des fosses de plantation

Lors du décapage sont apparues des fosses rectanglaires alignées sur au moins 100 m de long en 26 rangs, orientés selon un axe Nord-Sud. Ces rangs sont contenus dans un espace partiellement délimité par un enclos. Au total, 316 fosses ont été dénombrées, ce qui permet de calculer une densité moyenne de 1036 fosses/hectare.


Vue aérienne du site décapé montrant rangs de fosses rectangulaires ; ©INRAP


Vue des rangs de fosses au sol ; ©JP Garcia


Un vignoble ancien

C’est l’observation de petites fosses latérales moins profondes, qui se raccordent aux fosses principales des rangs, qui ont livré finalement la clé pour interpréter ces traces de plantations. Ces fosses pourvues de traces de racines sont des fosses de provignage, une pratique de renouvellement les meilleurs ceps de vigne par laquelle on enfouissait un sarment ou le cep tout entier en terre pour que l’un ou l’autre produise un nouveau rameau puis un nouveau cep indépendant. Cette pratique spécifique à la culture de la vigne permet d’interpréter ces rangs comme ceux d’un vignoble ancien.

Des vignes gallo-romaines

Le provignage est une pratique ancienne qui a été abandonnée au début du 20èmes. lors de la reconstitution du vignoble après la crise du Phylloxéra. Cependant le plan du cadastre de 1828 ne montre pas de plantations de vignes sur le site fouillé, mais simplement et uniquement des « terres » (labourables). Toutes ces observations laissaient donc supposer un vignoble antérieur au 19ème s. A cette époque et antérieurement, au moyen-âge, on ne plantait pas la vigne en rangs mais suivant des damiers réguliers et à maille serrée qui, après plusieurs provignages, donnait alors une configuration dite « en foule ». Par constraste, l’alignement des fosses et plusieurs éléments supplémenaires confirment finalement l’interprétation d’un vignoble antique. Ce sont :
1) les dimensions des fosses qui sont des multiples entiers du pied romain (29,6 cm).


Dimensions des fosses en système métrique et en pieds romains. ; ©JP Garcia


2) la présence de quelques tessons de céramiques et des fragments de tuiles gallo-romains dans les fosses, qui, en l’absence d’éléments plus récents, impliquent un creusement pendant l’époque gallo-romaine (fin du 1er s.-début du 2ème s. ap. J.-C).



Fosse fouillée montrant les deux creusements internes séparés apr un bourrelet médian ; ©JP Garcia

3) la forme des fosses, avec deux pieds plantés aux extrémités, séparés par un bourrelet médian, un mode de plantation propre à l’antiquité romaine et que l’on connaissait uniquement en Italie et dans les préconisations des agronomes latins comme Pline ou Columelle. Ce dernier écrit dans « De l’Agriculture » au 1er siècle :
« Ceux qui sont dans l’usage de planter leurs vignes dans des fosses commencent par fouiller le terrain à deux pieds de profondeur sur une longueur d’environ 3 pieds (...) en laissant entre la seconde et la première fosse un intervalle de même longueur que la fosse même, sans le labourer, et continuent toujours sur la même ligne (....) ensuite, ils laissent entre cette rangée et celle d’à-côté un intervalle (....) de 5 à 7 pieds (....) mais si l’on se sert de bœufs et de charrues, le moindre sera de 7 pieds et il sera suffisamment grand à 10 pieds.
Et plus loin « arranger (les plants) en les courbant de façon que les racines des deux marcottes qui sont dans la même fosse ne s’entrelacent pas mutuellement, ce qui sera facile d’empêcher en disposant au fond des fosses, transversalement et par le milieu, quelques pierres, dont chacune n’excède pas le poids de cinq livres ».

Ce vignoble gallo-romain de Gevrey-Chambertin est le premier mis en évidence en Bourgogne et rejoint plusieurs exemples déjà connus ailleurs en France (Hérault, Vaucluse, Bouches du Rhône, Charentes, Oise, Puy-de-Dôme, Cher etc…) et même en Angleterre. Il montre que les préconisations sur les terroirs viticoles de Bourgogne ont évolué depuis l’antiquité avec l’implantation et la généralisation, à partir du moyen Âge, des vignes et des plants fins sur les coteaux.

Sondages août-septembre 2009 :




Un rang de fosses à son niveau d’apparition sous l’horizon de labour, avec petites fosses de provignage latérales et trous de piquets (sondages 2009) © J.P Garcia




Suite du projet :

  • analyse des sédiments prélevés dans les fosses
  • recherche de pépins de raisins
  • analyse des charbons de bois et nouvelles datations radiocarbone
  • recherche des limites de la vigne mise au jour et des bâtiments associés.

Publications

Garcia J.-P. & S. Chevrier (2009) - le vignoble gallo-romain de Gevrey-Chambertin. Revue Archéologique de l’Est (à paraître 2010)

Garcia J.-P. & S. Chevrier (2009) - le vignoble gallo-romain de Gevrey-Chambertin. Revue archéologique du Centre (à paraître)

Garcia J.-P. (2009) – Données nouvelles pour l’histoire de la construction des terroirs viticoles de Bourgogne, cinquante ans après l’œuvre de Roger Dion. In : Actes Colloque Roger Dion-Cinquantenaire de l’Histoire de la vigne et du vin - Le bon vin entre terroir, savoir-faire et savoir-boire, Paris, 29-31 janvier 2009. (à paraître)

GARCIA J.-P., (2009). Les indices de la viticulture antique en Bourgogne. Histoire Antique et Médiévale, n° spéc., Faton édit., octobre 2009

Conférences et revue de presse

Conférence à la bibliothèque municipale de Dijon :
[En savoir plus]

Archives
[En savoir plus]