ANR GUEROPE

Guerre et violence dans les premières sociétés d’Europe : approche intégrée


Coordination : Luc Baray

Résumé du projet

Contexte scientifique et objectifs du projet

L’un des objectifs du programme de recherche « Guerre et violence dans les premières sociétés d’Europe : approche intégrée » est d’étudier la violence à travers ses premières manifestations matérielles entre le Paléolithique moyen et notre ère. Depuis le début des années 1990, le nombre de publications récentes sur la violence et la guerre, dont l’essentiel émane de chercheurs anglo-saxons, confirme l’intérêt grandissant pour ces questions. Toutefois le découpage disciplinaire classique cloisonne la recherche et les disciplines ne se recoupent qu’exceptionnellement. Un des enjeux du programme de recherche est de créer une nouvelle dynamique scientifique (nationale et internationale) qui tienne compte de l’apport respectif de l’archéologie, de l’histoire, de l’anthropologie biologique, de l’anthropologie sociale à l’élaboration d’une problématique commune. La seconde originalité de notre projet est de proposer une nouvelle approche de la violence et des conflits dans les sociétés pré- et protohistoriques. Si les armes et les fortifications, par exemple, font volontiers l’objet de recherches typologiques et chronologiques de grande qualité, leur dimension conflictuelle n’est cependant jamais véritablement abordée, mais plutôt juste évoquée. Le refus de voir la violence dans les armes, les fortifications et les restes humains portant des traces indubitables de blessures, a conduit les chercheurs à sous-estimer l’importance de la violence et du concept de guerre dans la plupart des sociétés qui ne sont connues que par le témoignage archéologique. Dans ce contexte, quatre objectifs structurent le programme de recherche :
1/ Relecture et interprétation des données ostéologiques dans leur contexte archéologique.
2/ Élaboration d’une typologie fine après repérage des différentes formes de réaction sociale à la mort violente et leurs combinaisons. Il s’agira, entre autres, de déterminer les modes de gestion des individus décédés de mort violente et d’évaluer quelles pourraient être les configurations archéologiques que l’on serait en droit d’observer sur le terrain ?
3/ Propositions synthétiques sur les causes et les processus déclencheurs de la violence, d’après les documents ethnologiques, historiques et archéologiques.
4/ Proposition sur l’évolution probable de la guerre et de la violence du Paléolithique moyen à La Tène finale (-550000 à -50) en Europe occidentale.

Description du projet et méthodologie

Le projet s’articule autour de quatre axes de recherche :
1/ Repérage et tentative de classification des traces ostéologiques laissées par la violence armée sur les ossements ante et post mortem, avec recension des formes de violence ne laissant aucune trace ostéologique.
2/ Recherche systématique d’après les documents ethnographiques des causes et des formes de la violence physique, ainsi que des modes de gestion des morts.
3/ Recherche sur l’armement, à partir des données archéologiques d’Europe occidentale.
4/ Réexamen critique (en fonction des trois points précédents) des interprétations classiques en archéologie pré- et protohistorique.
Le recours aux données de l’archéologie et de l’anthropologie biologique se fera par l’intermédiaire d’une mise à plat de la documentation existante. Les protocoles d’analyse paléo-anthropologiques imposent notamment l’accès aux données osseuses décrites dans la littérature, afin de pouvoir valoriser ces résultats au-delà des cadres chrono-culturels à l’intérieur desquels ils ont été mis en valeur. Il s’agit dans tous les cas de préciser le lien existant entre la gestuelle de violence au corps et les contextes d’agression inter-individuelle.
La possibilité de suivre le rapport à la violence sur plusieurs millénaires à travers un examen serré des données archéologiques permettra de discuter les étapes de cette évolution en définissant des étapes majeures, des contextes favorables au développement de la violence au corps et, finalement, les conséquences de ces mutations sur la place de la violence au sein des groupes.
Pour ce qui est du recours aux données ethnologiques, nous procèderons à l’analyse raisonnée des matériaux publiés à partir d’un outil d’archivage, les Human Relations Area Files. Nous récusons la méthode illustrative tout autant que l’idée d’un parallélisme entre peuples actuels et peuples anciens. La collaboration portera plutôt dans la formulation d’hypothèses en ethnologie en fonction d’un questionnement archéologique.

Les résultats attendus

L’ambition du programme est de construire une nouvelle polémologie des sociétés anciennes et des sociétés « traditionnelles », qui ne soit pas seulement la description archéologique de restes matérielles ou sociologique du phénomène guerrier perçu comme élément étranger venant se surajouter à la société, mais plutôt comme coextensive aux sociétés humaines. Notre attente porte non seulement sur les manifestations de la violence, mais aussi sur les conditions de fabrication et de fossilisation de ces manifestations en étroite liaison avec les spécificités sociales de chaque communauté. C’est en cela qu’il pourra être possible d’établir une sorte de typologie des sociétés et de leur manière de gérer et de contrôler la violence, et notamment la violence armée, au regard de leurs spécificités sociales, économiques, politiques et techniques.